En 2010, DisneyPixar.fr rencontrait l'équipe du doublage français de La Princesse et la Grenouille.
Voici venir une nouvelle plongée dans les coulisses de La Princesse et la Grenouille, avec notre série d'interviews autour du film. Aujourd'hui, nous vous proposons de découvrir Barbara Tissier, inoubliable Jessie dans Toy Story 2, qui a endossé le rôle de directrice artistique pour le doublage du film, et que nous avons eu le bonheur de rencontrer !
J'ai eu beaucoup de chance. Il se trouve que je faisais de la danse de façon relativement intensive à la salle Pleyel et que un jour, l'assistant de Jean-Luc Godard est venu parce qu'ils cherchaient une petite fille pour tourner dans un film. Il est venu, il a assisté, il m'a proposé de passer le casting, j'ai passé le casting et j'ai été choisie. Je suis partie tourner ce film pendant 3 mois. J'avais 11 ans, et je suis revenue en disant à mes parents : "Je veux faire ça ! Je veux faire ça plus tard, je veux être comédienne".
J'ai eu la chance d'avoir des parents extrêmement intelligents qui, tout en m'encourageant dans cette voie, m'ont bien précisé qu'il était important de mener de front et les études et cette passion que j'avais. Et à un moment donné, j'ai tourné quelque chose et on m'a demandé de me re-post-synchroniser dans le film que j'avais tourné. Et voilà comment j'en suis arrivé au cycle du doublage, et en fait ça a fait effet boule de neige.
Finalement, j'avais 13/14 ans quand j'ai commencé le doublage, puis ça a été une passion. J'ai mené de front mes études. J'ai un bac C et après je suis allée en fac de théâtre, afin de mener à bien ma passion, et parallèlement à ça et bien je faisais du doublage, j'ai fais partie de compagnies de théâtre, j'ai un petit peu tourné et puis après j'ai eu ma propre compagnie de théâtre pendant 6 ans.
J'étais encore sur scène il y a 3 ans. Aujourd'hui j'ai la chance de travailler très correctement à côté, donc il faut que le projet me plaise mais bien sûr si quelque chose me plaît, la flamme se rallume immédiatement ! D'ailleurs elle n'est pas éteinte !
C'était avec la voix d'Héloïse, dans la première version de Taram et le Chaudron magique (en 1985, ndlr), puis Olivia dans Basil, détective privé. J'étais toute petite, je devais avoir 12 ans quand j'ai fait ça. C'est trop bien ! La petite souris Olivia, elle est géniale ! C'est un rêve ! À 12 ans entrer dans un univers comme ça, comment veux-tu ne pas aimer ?
Le tout premier doublage que j'ai fait c'était Meggie enfant, dans "Les Oiseaux se cachent pour mourir", et je pense qu'après les directeurs de plateau devaient se passer le mot, et il n'y avait pas énormément d'enfants qui en faisait. J'ai ensuite passé des essais pour "Basil" et j'ai été choisie. Et c'est tellement magique qu'une fois rentrée dedans on dit "Oui, oui, oui, oui oui, encore, encore !"
Non, je ne crois pas. Il y a juste à la tête de la supervision Disney des gens extrêmement compétents, et donc extrêmement exigeants. Ça paraît complexe mais en fait ils sont très ouverts, ils aiment rencontrer de nouvelles voix. La preuve est que même s'il y a des comédiens récurrents dans tous les Disney, il y a aussi pas mal d'ouverture car il y a des voix que l'on découvre. C'est une grosse exigence, c'est vrai, moi j'adore ça.
La Belle et le Clochard aussi, c'était trop bien à faire, dans la deuxième version !
J'adore ! Alors ça c'est mon rôle fétiche ! Je me suis éclatée ! C'est un clown ! C'est un clown, Raven, et du coup tout est permis. Parce que parfois dans certains trucs on nous demande d'être relativement sage, ou très naturelle ou très ordinaire, comme dans la vie, mais Raven elle est dans l'excès, c'est extraordinaire. Et j'adore ça, parce que c'est vraiment très très plaisant à faire, de pouvoir aller dans ces excès là, tout en ayant beaucoup de sincérité. Parce qu'elle est toujours vachement sincère, elle est authentique. Mais elle ferait des trucs incroyables, et j'adore ça.
Et bien j'ai eu beaucoup de chance, encore ! J'ai de la chance comme fille ! Je commençais à être plutôt implantée dans le doublage, en tant que comédienne, et puis un jour un client de chez Disney est venu me demander si ça m'intéresserait de diriger. Alors je me suis dit : "Je ne sais pas, est-ce que je vais savoir ? Peut-être... Oui, je suis pas contre !"
Et puis je me suis intéressée encore plus à tous les métiers du doublage. Ça m'intéressait déjà énormément parce que en fait je me suis aperçue qu'il fallait bien maîtriser l'exercice, mais qu'il ne fallait pas s'intéresser uniquement au fait de jouer la comédie. Fallait s'intéresser à la détection qu'il y avait avant, à l'adaptation qu'il y avait avant puis au montage qu'il y avait après et au mixage qu'il y avait après. Et c'était important de connaître cette chaîne. Donc c'est vrai que j'avais déjà cet intérêt là, mais je me suis replongée encore plus dedans Et donc j'ai très timidement dit que j'étais prête à essayer, et avec Disney ça a commencé sur un téléfilm qui s'appelait Le Petit grille-pain courageux. C'était trop mignon !
Ce sont effectivement les premiers à m'avoir donné ma chance, ce qui était énorme. Et le président actuel de Disney Europe a été le premier à me donner ma chance sur un long-métrage : Tarzan. Et c'était la première fois qu'on me faisait ainsi confiance sur un long-métrage et je trouve que j'ai eu vraiment beaucoup de chance.
La première des chose c'est essayer d'élaborer un casting, avec le client bien évidemment. La plupart du temps il y a des essais, au moins sur les rôles principaux. On propose des essais au client, on les écoute ensemble, on en discute et on voit vers qui va notre préférence. Après, sur le casting autour des rôles principaux, le directeur de plateau doit trouver une unité, des rapports de voix qui peuvent convenir et qui se rapprochent le plus de la version originale sans la trahir, en étant le plus fidèle possible.
Ensuite ça consiste à l'organisation, tout bêtement, des enregistrements. Si j'ai 5 jours pour faire un film ou 2 jours pour faire un téléfilm, ça change ! Il faut organiser le temps en fonction des disponibilités des comédiens, faire un planning, convoquer les acteurs... C'est très important cette période là aussi, car c'est à ce moment là qu'on arrive, à mon avis, à motiver les comédiens pour les faire venir sur le plateau. C'est ça aussi, le directeur de plateau doit arriver à motiver son équipe pour qu'elle ait envie de venir sur le film, qu'elle ait envie de le faire, qu'elle ait envie de le défendre.
Après, le gros du travail, c'est sur le plateau même, lors de l'enregistrement, essayer de diriger les acteurs. Parce que nous on connaît le film dans sa globalité. On connaît les personnages, on sait quelles sont les scènes clés du film, ce qui est important de défendre, quels sont les thèmes principaux, quelle est la personnalité de chacun des personnages... À nous de mettre en forme tous ces éléments là afin que la mayonnaise prenne et que le film soit intéressant du début à la fin, et surtout qu'il soit fidèle à ce qu'a voulu le réalisateur original. Pour moi, un doublage réussi, c'est un doublage qui est dans l'ombre de la version originale, qui se fait oublier.
Évidemment ! C'est fondamental ! L'esprit Disney c'est des thèmes fondamentaux comme l'amitié, l'amour, la famille ou encore le fait de surmonter les obstacles que nous a envoyée la vie. Après il y a aussi l'humanisation de personnages qui peuvent être une luciole, un alligator, un chien, un chat... Comment faire vivre des personnages qui ne sont pas réels mais qui doivent le devenir.
Pour moi, tout ça c'est l'univers Disney. J'ai été bercée à ça, j'ai adoré vivre ça étant enfant et je me dois de préserver cet esprit là. Je m'en voudrais vraiment si je passais à côté de ça, car pour moi toute la magie Disney tient à ça, et il est très important de la conserver.
L'imaginaire aussi est très important. Cet univers de l'enfance auquel on essaye de se raccrocher tant bien que mal. Mais je le vois à travers mes enfants aujourd'hui encore à quel point c'est important de garder cette part d'imaginaire tout en faisant bien la différence avec la réalité. Mais c'est important de rêver. Le rêve...
Sur des gros films comme ça, le casting se fait beaucoup avec le concours du client. Là en plus il y avait des chansons, donc il fallait trouver des comédiens qui chantent, avec Georges Costa (directeur musical, ndlr). Tout ça a donné lieu à beaucoup de discutions.
Après, qu'est-ce qui fait que je me décide ? D'abord je vois le caractère du personnage. Naveen ne peut pas être n'importe qui. La luciole Ray... Il faut leur trouver quelque chose. Quel est son caractère ? Quel est son registre de voix ? Grave, medium, aigu... Quel est son âge ? Puis je vois dans les comédiens que je connais, ou dans ceux que je ne connais pas, ceux qui pourraient se rapprocher de ces critères là.
Ensuite on fait passer des essais pour voir si le comédien arrive à se rapprocher du personnage le plus possible.
L'idée ne vient pas forcément de moi. Mais qu'est-ce que j'étais contente de la rencontrer !
Il y a pas mal de boulot qui est fait entre Disney et le marketing. Car c'est aussi très important pour eux d'avoir des gens qui sont un tout petit peu connus pour défendre le film lors de la promotion. Et c'est tout à fait normal.
China est arrivée aux essais et j'ai eu un véritable coup de cur, c'est vrai. Je savais que le travail serait difficile car elle n'en avait jamais fait, et elle a un sacré accent américain. J'avais très peur mais je me dis qu'on a pas trop mal travaillé car il y a quelque chose mais on ne perçoit pas à ce point là son accent. Mais en tous cas, elle avait le charme du personnage, avec une voix qui pouvait se fondre complètement là-dedans. On a travaillé sur la douceur et sur la générosité. Elle chante divinement bien ! Et elle était parfait également pour l'image de la princesse Tiana. C'était important, aussi. J'ai été ravie en tous cas de cette expérience.
Et c'est ce que j'aime dans le métier de directeur de plateau, et particulièrement dans les aventures Disney, c'est qu'à chaque fois il y a quelque chose auquel on ne s'attend pas.
Mon rôle est de m'adapter à chaque comédien. Je ne travaille pas de la même façon avec Alexis Tomassian (voix du prince Naveen, ndlr), avec Dorothée Pousséo (voix de Charlotte, ndlr) ou avec Anthony Kavanagh (voix de Ray, ndlr) et China Moses. À moi de me servir de ce que va me donner le comédien, comment il fonctionne et de voir quelle est la stratégie qui va le mieux marcher pour l'amener à se rapprocher du film. Et ça c'est passionnant !
Je pense que c'est important. Mais il faut savoir que les versions originales, il y a déjà des célébrités. Finalement c'est arrivé un petit peu plus tard en France. Puisqu'il y a déjà des stars dans les versions originales, pourquoi ne pas essayer nous aussi de mettre des gens connus...
Ça a permit plusieurs choses. D'abord de faire la promotion des films, c'est une évidence. Mais ensuite de valoriser un petit peu le métier du doublage qui avait tendance à être un tout petit peu dénigré, qu'on méprisait un petit peu et qu'on considérait comme un art mineur alors que j'ai toujours trouvé que c'était fondamental. Ça a permit de redorer un petit peu le blason de la profession du doublage, et j'en suis très heureuse.
Et puis c'est fantastique car on rencontre des gens qui sont tous différents. J'adore ça !
Non ! Surtout pas ! Je pense qu'il est très important que Disney garde sa liberté de choix. Je suis très heureuse de travailler pour eux et j'aime travailler avec eux. J'aime leur exigence et j'aime leur fidélité, c'est une évidence. J'aime échanger avec eux car je trouve qu'artistiquement ils ont un point de vue très intéressant.
Maintenant c'est à eux de décider. Il y a probablement des films qui me conviennent et d'autres qui ne me conviendront pas. Ça dépend des personnalités. Et moi, même si j'adore tous les genres, je suis très films de princesses...
Évidemment ! Il y avait, sur les Champs-Élysées, à l'angle de l'avenue de la Grande Armée et de la place de l'Étoile, un cinéma qui ne passait que des Disney. C'était vraiment un cinéma exclusivement Disney. Et mes parents nous y emmenaient très souvent. Et c'était le seul cinéma dans Paris qui, toute l'année, passait au moins un Disney. Et c'est vrai que c'était une démarche familiale. On était contents, pour nous c'était la fête avec mon frère. Et étant gamine, je crois que Mary Poppins a été très très très marquant. Le Livre de la jungle, Les Aristochats... Et dans les films de princesses... La Belle au bois dormant ! Trop belle...