A l'occasion de la sortie en salle de Les Ailes Pourpres : le mystère des flamants, le premier film documentaire du label DisneyNature en 2008, DisneyPixar.fr partait à la rencontre de Frank Cézilly, professeur et chercheur à l'université de Bourgogne, qui a co-écrit le livre Les Ailes Pourpres : Le mystère des flamants aux éditions du Chêne. Ce dernier se compose de photographies tirées du film et de textes signés par trois spécialistes français des flamants. Un cadeau idéal à offrir pour ces fêtes de fin d'année !
J'ai été très jeune attiré par l'étude de la faune sauvage. Enfant, je vivais à Marseille au bord de la Méditerranée et j'ai été rapidement attiré par les oiseaux marins, les goélands et les puffins cendrés.
J'ai eu la chance, lorsque j'étais étudiant en licence, d'être accueilli à la Tour du Valat où j'ai commencé à travailler. Ce centre de recherche, situé en Camargue et dédié à l'étude et la protection des zones humides méditerranéennes, a, de longue date, développé un programme de recherche sur les flamants roses. J'ai commencé par travailler sur les hérons, puis, à l'issue de ma thèse de doctorat, j'ai été recruté comme chargé de recherche pour travailler cette fois sur les flamants roses.
Il s'agit très certainement d'un oiseau hors du commun, par sa couleur, plutôt rare, l'élégance de sa silhouette avec ce long cou ondulant, et ce bec si particulier, garni de véritables fanons, qui fait que les flamants sont, de ce point de vue, plus proches des baleines que des autres oiseaux.
Il s'agit en fait de l'espèce de flamant nain, plus petite que le flamant rose que j'étudie. Ils sont particulièrement nombreux en Afrique de l'Est mais se retrouvent ailleurs en Afrique et aussi en Inde.
Sans doute le fait qu'il s'agit presque d'un fossile vivant : les ancêtres directs des flamants modernes remontent au Crétacé et il semble que leurs murs n'aient guère changé depuis cette époque. Pourtant nous ne comprenons encore qu'imparfaitement leur comportement, notamment leurs déplacements et les liens qui unissent les différentes populations dans l'ensemble de l'aire de répartition de l'espèce.
Je n'ai participé qu'à l'écriture de l'ouvrage. Je collabore par contre à la promotion du film au travers des avant-premières et de différentes interviews dans les médias.
Il existe peu de spécialistes des flamants roses en France. D'une certaine manière Disneynature n'avait pas trop le choix. Mais nous avons été très heureux de travailler avec eux sur ce livre.
L'idée était de proposer un texte facile d'accès, pour tout public, et qui présente avec une vraie rigueur scientifique les connaissances actuelles sur les flamants. Nous avons donc consacré les différents chapitres aux grands aspects de la vie des flamants : comment ils se nourrissent, comment ils se déplacent et choisissent leurs lieux de reproduction, comment ils choisissent un partenaire, se reproduisent et élèvent leur progéniture. Et nous avons terminé par un chapitre sur la conservation des flamants, car s'il ne s'agit pas d'une espèce menacée, elle reste une espèce sensible dont l'habitat reste menacé par l'expansion des activités humaines en différentes régions du globe.
C'est un formidable pari. La télévision offre de beaux programmes naturalistes, mais même la haute définition ne peut rivaliser avec le grand écran. La présence à Paris de Disneynature est une excellente chose et j'espère que cela contribuera à éveiller un peu plus les consciences françaises sur l'importance d'éduquer très tôt la jeunesse au respect de l'environnement. Disneynature nous offre une vision moderne de l'histoire naturelle qui est à la fois esthétique et pédagogique.
On peut espérer que le film donne envie aux français d'aller voir par eux-mêmes ces magnifiques oiseaux dans leur milieu naturel. Une bonne adresse pour le faire est le Parc Ornithologique de Pont de Gau où les flamants en liberté se laissent approcher. Le spectacle est saisissant.
J'ai eu la chance de voir le film il y a plusieurs semaines en projection privée. Je dois avouer que j'ai été très impressionné par les scènes où l'on voit différents prédateurs, notamment les hyènes et les mangoustes attaquer des flamants et réussir à les capturer.
Peut-être. La technique cinématographique a aussi évolué et permet aujourd'hui des choses encore impossibles hier. Et évidemment, il y a un marché bien exploité par des gens comme Nicolas Hulot par exemple. Mais je crois que DisneyNature a envie d'aller plus loin, en s'impliquant dans les opérations d'éducation et de conservation à partir des sujets qu'ils traitent dans leurs films.
Le mystère demeure. La connaissance n'a pas de fin. Nous travaillons aujourd'hui sur la génétique des populations de flamants roses. Nous collectons des échantillons partout dans le monde : Europe, Afrique, Asie. Nous sommes sur le point, avec mes étudiants et mes collègues de l'Université de Bourgogne, de mettre au point les marqueurs moléculaires qui nous permettront de savoir quels sont les mouvements d'individus entre les différents lieux de reproduction connus. Ceci est capital pour bien protéger les habitats dont la survie des flamants dépend. Une fois ce travail réalisé, il restera encore bien des questions. Par exemple nous ne savons pas bien combien de temps vivent les flamants dans la nature. Certainement au delà de 30 ans. En captivité certains individus ont dépassé 55 ans.