En 2010, DisneyPixar.fr rencontrait l'équipe du doublage français de La Princesse et la Grenouille.
John Musker et Ron Clements sont des vétérans de l'animation et des piliers des studios Disney. De La Petite Sirène et Aladdin à la comédie épique Hercule, leur esprit, leur humour délicat mais teinté d'insolence, leur sens visuel affirmé et leur grande sensibilité quant à la construction des histoires ont contribué à la naissance de certains des plus grands succès du cinéma d'animation.
Les deux artistes font équipe pour la première fois en 1983 pour écrire Basil, détective privé. Un premier succès qui les conduit à retravailler ensemble sur La Petite Sirène, Aladdin, Hercule ou encore La Planète au trésor : un nouvel univers. Les deux comparses se sont de nouveau réunis pour donner vie à La Princesse et la Grenouille, s'inspirant de l'héritage des contes de fées merveilleux de Walt Disney tout en explorant de nouvelles voies intéressantes et surprenantes. Un film unique en son genre car il s'agit du premier conte de fées américain de Disney, qui se déroule à une époque qui a vraiment existé, dans une vraie ville...
John Musker : Ça fait 33 ans que je m'amuse ici ! J'ai commencé à m'intéresser à l'animation il y a 37 ans, lorsque j'ai suivi une conférence du directeur des studios Warner Brothers, Chuck Jones, qui expliquait que l'animation était un domaine dans lequel on apprenait à tout âge. Ça m'a interpellé et je réalise qu'il avait totalement raison. On sent qu'il y a toujours tellement à apprendre !
Ron Clements : Je suis chez Disney depuis 36 ans maintenant et le temps est passé incroyablement vite ! Mais avant ça, j'étais déjà un grand fan de Disney et je rêvais d'y travailler depuis que j'avais vu Pinocchio, à l'âge de 9 ans. À mes débuts au studio, j'ai travaillé en tant qu'apprenti animateur sous la direction de Frank Thomas, un des légendaires Nine Old Men. Depuis, j'ai vu s'opérer beaucoup de changements au studio, ainsi que dans ma propre carrière. Mais au départ, j'ai été attiré par la passion évidente, la créativité et l'intégrité artistique que Walt mettait dans ses films. Il était très soucieux des détails et voulait que ses films aient la meilleure qualité possible. Et j'ai cette même volonté. Je me suis toujours trouvé très chanceux de travailler chez Disney. Pour moi, c'est véritablement un rêve devenu réalité.
RC : C'est John Lasseter qui nous a demandé de nous pencher sur le conte de fée du Prince Grenouille et de le mettre en scène à la Nouvelle Orléans. On aimait l'idée de créer un conte de fée américain et le lieu impliquait l'utilisation d'éléments vaudou, une héroïne noire-américaine ou encore une approche particulière de la musique.
La surprise de l'histoire, où notre héroïne est transformée en grenouille à son tour après avoir embrassé le prince, vient d'un livre pour enfants de E.D. Baker, La Princesse Grenouille, dont Disney a acquis les droits en 2003. De nombreux personnages de notre version, parmi lesquels Mama Odie, Tiana ou Ray la luciole cajun, ont été inspirés de vraies personnes que l'on a rencontré lors de nos séjours de recherches à la Nouvelle Orléans. Les autres revirements de situation de l'histoire sont venus de notre envie d'utiliser les archétypes du conte de fée Disney et de les chambouler pour rafraîchir le film.
JM : Quand nous avons commencé à travailler sur le film, nous avons passé beaucoup de temps à lire les différentes versions qui avaient été élaborées à propos du Prince Grenouille, datant de l'époque où les studios Disney souhaitait déjà en faire une adaptation animée. Dans l'une d'elle, deux scénaristes, Dean Welins et Chris Ure, avaient eu l'idée d'une luciole qui tombe amoureuse de l'étoile du soir. Nous adorions l'idée et trouvions qu'elle correspondait parfaitement au thème de l'amour qui surmonte tous les obstacles.
JM : Le fait que l'on écrive le scénario tous les deux aide beaucoup. Nous avons là la possibilité de vraiment être sur la même longueur d'onde, et de nous assurer que nous essayons bien de raconter la même histoire. Nous avons deux personnalités différentes que nous essayons de combiner. Ron est plus structuré et excelle dans le registre de l'émotion. Moi je suis meilleur pour les éléments comiques et d'action.
RC : Nous avons présenté l'histoire à John Lasseter en mars 2006. L'été de la même année nous avons commencé à écrire la première version du scénario. Le développement visuel a débuté peu après, et l'écriture des chansons, le casting des voix puis le storyboarding ont débuté à l'automne. Les premiers essais d'animation ont commencé début 2007, le layout et l'animation définitive débutant au printemps. La mise en couleur est venue juste après. En tout et pour tout, il s'est écoulé trois ans et demi entre le début et la fin de la production, ce qui est relativement rapide pour ce genre de film.
JM : Non, pas vraiment. Nous adorons l'animation à la main mais nous apprécions également les films en 3D. Nous avons juste pensé que cette histoire, avec sa mise en scène assez organique, était idéale pour la chaleur et l'expressivité de l'animation traditionnelle.
RC : Tous les films que John et moi avons réalisés étaient en animation traditionnelle. Nous adorons cette technique et nous étions tristes de voir Disney l'abandonner il y a quelques années. Heureusement, et ce même s'il a bâti sa carrière grâce à l'animation en 3D, John Lasseter est un passionné d'animation à la main, tout autant que nous ! Lorsqu'il a été placé à la tête des studios d'animation Disney il y a quatre ans, il lui tenait à cur de relancer cette technique. Cette histoire était l'occasion idéale, grâce à son côté conte de fée musical classique et son côté romantique, chaleureux et magique !
JM : C'était un très bon mélange. Les vétérans ont eu la possibilité de conseiller les plus jeunes animateurs et tous ces nouveaux venus sont extrêmement talentueux. Ça promet pour le futur ! Nous-même avons été formés par les vétérans Disney de l'époque, les Nine Old Men. Ron a travaillé avec Frank Thomas, qui a animé les sept nains, Bambi et le Capitaine Crochet entre autres. De mon côté j'ai eu la chance de travailler avec Eric Larson, l'animateur du chat Figaro dans Pinocchio ou de Peg dans La Belle et le Clochard. L'un des meilleur moyen d'apprendre l'animation c'est de fonctionner comme ça, où maître et apprenti travaillent ensemble. L'enthousiasme des jeunes recrues nous rappelait les joies que procurent le fait de donner vie à des dessins, un talent particulier que peu maîtrisent, mais qui est la plus belle des récompense !
JM : Les techniques essentielles sont plutôt similaires. La Petite Sirène fut le dernier film pour lequel nous avons utilisé des cellulos et où les personnages étaient peints à la main plutôt que sur l'ordinateur. Pour La Princesse et la Grenouille, nous avons réalisé l'animation des personnages sur papier, comme pour La Petite Sirène et Aladdin. Mais pour la première fois nous avons réalisé les effets spéciaux, à savoir les mouvements de l'eau, les éléments de magie ou les ombres, de façon digitale. Ces éléments étaient dessinés grâce à une tablette graphique.
RC : La plupart des personnages ont été inspirés par des personnes réelles que nous avons rencontrés à la Nouvelle Orléans. Tiana est en grande partie inspirée par Leah Chase, une légendaire restauratrice de la Nouvelle Orléans qui a débuté comme serveuse et a fini par ouvrir son propre restaurant, le célèbre Dookie Chase Restaurant. Mama Odie a en partie été inspirée par Ava Kay Jones, une prêtresse vaudou qui danse avec son serpent, et Colleen Salley, une conteuse d'histoire irascible de la Nouvelle Orléans. Le Dr. Facilier, quant à lui, est inspiré des Bokur de la Nouvelle Orléans. Ce sont des solitaires en marge de la religion vaudou qui ont fait des pactes avec les esprits maléfiques, et monnayent leur magie. Comme nous disait Ava Key, leurs sorts finissent souvent par revenir comme un effet boomerang, car leurs réponses faciles ne sont pas de réelles réponses...
JM : Nous l'avions envisagé, en effet, au point culminant du film, lorsque la lumière prend le dessus sur les ténèbres. Mais nous n'avons pas trouvé le moyen de faire fonctionner cette séquence. Nous voulions même la "musicaliser", cela aurait été drôle.
JM : Il ne veut pas régner sur le monde, à la différence de beaucoup de méchants Disney. Il a un peu la poisse en fait. Sa relation avec son ombre était aussi une approche différente. Il est très charismatique, c'est un showman qui était amusant à animer.
RC : Dès le début, nous faisions référence au Dr. Facilier comme "L'homme des ombres". Mais c'est un concept visuel de Sue Nichols qui nous a inspiré pour donner à son ombre sa propre vie. Elle y montrait l'ombre ayant des réactions différentes de celle de Facilier, ou dansant avec lui. Ces deux idées nous ont parues très visuelles et amusantes à réaliser en animation.
JM : Je pense qu'elle aurait été assez furieuse car le rose n'existe pas chez les grenouilles !
RC : La qualité de l'image est irréprochable. Bien meilleure que ce que la plupart des gens ont pu voir au cinéma. Et les bonus sont une vraie partie de plaisir ! John et moi étions particulièrement enthousiaste du fait que le Blu-ray contient la totalité du film dans sa version crayonnée, en plus de la version couleur. Pour des mordus d'animation, c'est une formidable opportunité de voir le processus d'une façon assez inédite.
JM : Le studio travaille actuellement sur un autre film en animation 2D, de nouvelles aventures de Winnie l'Ourson. Mais ne participons pas à ce projet. Nous espérons cependant de nouveau travailler sur un film en animation traditionnelle. Nous avons un projet, qui en est encore à ses tous débuts, mais que nous espérons faire avancer rapidement.
JM : Ça va être spectaculaire ! Il y a des chansons signées Alan Menken et Glenn Slater. Glen Keane, en tant que producteur exécutif, s'attache à repousser les frontières de la 3D pour obtenir plus de fluidité et d'expressivité dans les personnages. Vous allez adorer !