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Glenn Slater

Glenn Slater est le parolier des chansons des films La Ferme se rebelle et Raiponce ainsi que des chansons additionnelles de la comédie musicale La Petite Sirène. En 2010, lors de la sortie du film, DisneyPixar.fr a eu la chance de l'interviewer.

Bonjour Glenn Slater, pourriez-vous nous dire en quelques mots quel a été votre parcours avant d'être choisi comme parolier pour le dessin animé La Ferme se rebelle ?

J'ai commencé à écrire des chansons pour des comédies musicales quand j'étais encore un adolescent. Le département de théâtre de mon lycée voulait monter un spectacle et cherchait à ce titre un étudiant pour composer la musique. A l'époque, je jouais du synthétiseur pour un groupe de rock et c'est grâce à ça que j'ai obtenu le poste. Le spectacle que nous avons écrit s'appelait "How I survived High School". Nous l'avons présenté à un festival de théâtre durant lequel un producteur de New York a été séduit, y trouvant un fort potentiel à exploiter, et l'a produit pour une salle à proximité de Broadway. C'était un moment très excitant pour un gamin de dix-sept ans!

Après ça, j'ai eu un vrai coup de cœur pour le théâtre musical. J'ai continué de composer à l'Université de Havard en écrivant des chansons pour la plus ancienne troupe de théâtre Hasty Pudding Theatricals, et une fois diplômé j'ai décidé de tenter ma chance à New York. Là, j'ai rencontré de vrais compositeurs... et je me suis rendu compte que j'étais loin d'avoir leur niveau. Alors j'ai décidé de me consacrer uniquement à l'écriture de paroles et non plus à la musique. J'ai postulé au prestigieux atelier BMI (Broadcast Music, Inc.) qui m'a accepté. BMI c'est le bouillon de culture pour tous les paroliers et compositeurs de comédie musicale qui avait déjà lancé la carrière d'Alan Menken, Lynn Ahrens, Steve Flaherty, Maury Yeston et d'une foule d'autres talents de Broadway. A partir de là, j'ai passé mon temps libre à écrire des chansons et par la suite, quand j'ai eu assez d'économies pour arrêter un petit emploi, j'ai commencé à travailler à plein temps en tant que parolier.

Quand avez-vous rencontré pour la première fois Alan Menken ?

J'ai rencontré Alan peu de temps après le projet "Marco Polo" pour Disney, en 1997. Il travaillait alors sur la suite de "Qui veut la peau de Roger Rabbit?" avec un autre parolier, mais apparemment ça ne fonctionnait pas bien. Son manager à l'époque, qui s'appelait Scott Shukat, se trouvait être par chance mon manager également et a suggéré à Alan de travailler ensemble car il pensait que nous formerions une bonne équipe, en dépit du fait que nous avions une différence d'âge de trente ans et que j'étais alors un parfait inconnu dans le milieu. Disney, très enthousiasmé par mon travail après l'expérience de "Marco Polo", a consenti à me donner ma chance. Alan et moi avons dès lors composé un petit nombre de chansons pour "Roger Rabbit", et même si le film a fini par être annulé, nous avons constaté que le courant était très bien passé entre nous. Quand Disney a demandé à Alan de travailler sur un nouveau film d'animation dont l'histoire se déroulait au Far west, qui s'intitulait alors "Sweating Bullets" mais qui a finalement été sorti sous le titre "Home on the Range" (La Ferme se rebelle), j'ai été invité à y participer et j'ai bien sûr sauté sur l'occasion.

De quelle façon procède un parolier pour un dessin animé? Vous demande-t-on d'écrire une chanson pour une scène et vous vous exécutez, ou cela fonctionne-t-il différemment ?

Généralement, nous nous asseyons autour d'une table avec les réalisateurs pour parcourir les storyboards et nous faisons ce qu'on appelle en anglais une "song spotting session" durant laquelle nous essayons d'identifier les moments où les personnages doivent chanter ou à quel moment une chanson peut aider à faire avancer l'histoire. Nous travaillons ensuite de notre côté à écrire une version préliminaire d'une chanson et à composer une rapide démo avec du piano et une voix, le plus souvent en incluant le dialogue principal dans la scène. Les réalisateurs et les artistes l'écoutent et travaillent un moment avec la chanson pour voir si ça colle à leurs désirs. Comme le script et l'histoire évoluent sans cesse, cette chanson sera obligatoirement modifiée pour s'adapter au nouveau développement de la scène: parfois on change le titre, quelques fois on ajoute de nouveaux couplets, on récrit entièrement les paroles tout en conservant la même musique ou alors on peut carrément inventer une nouvelle chanson. De toute manière, nous continuons à modifier les paroles et la mélodie durant le processus d'écriture du scénario jusqu'à ce que la chanson s'intègre parfaitement dans l'histoire.

A ce propos, comment travaillez-vous avec Alan Menken ?

Nous travaillons généralement assis côte à côte à son studio. Nous parlons un moment de la scène: ce que les personnages désirent, du ton que nous voulons donner, de quel parcours émotionnel nous voulons suivre tout au long de la chanson. Très souvent, je propose à Alan un titre ou quelques lignes de paroles. A partir de ça, il commence à composer une mélodie à mes côtés. C'est un compositeur incroyablement rapide: quelques fois, dès sa première tentative, la mélodie entière vient d'un coup du début à la fin! Il n'a jamais besoin de plus de trois ou quatre essais pour trouver la bonne mélodie et si nous allons au-delà de ces trois/quatre essais c'est que l'idée de notre chanson est mauvaise. Une fois que nous avons la base d'une chanson, Alan commence à élaborer les harmonies et les contours de la mélodie pendant que je lui fais des suggestions sur ce que je pense que j'aurai besoin pour les paroles. A la fin de la journée, je rentre chez moi avec la démo d'une musique.

Je passe ensuite presque une semaine à mettre des paroles sur sa musique. Il est crucial que les paroles sonnent comme la suite d'un dialogue donc je prends soin à utiliser des mots qu'un personnage spécifique emploierait, et j'essaye de trouver le ton juste pour ce moment de l'histoire. C'est également important que la chanson puisse être "chantée" - que les notes les plus longues se terminent par des voyelles ouvertes, que les notes plus courtes se terminent par un son proche de celui des voyelles, que les consonnes ne soient pas placées de façon trop rapprochée, que chaque syllabe marque la musique de façon à ce qu'on est l'impression que chaque mot soit en harmonie avec la musique, et ainsi de suite. Cela prend habituellement environ une semaine, après quoi nous nous revoyons et on arrange encore tout ça. Alan réalise ensuite une démo plus complète que nous envoyons à Disney pour recueillir un avis. Bien qu'ils aiment le plus souvent les chansons, ils souhaitent y apporter des modifications. Commence alors un processus d'échanges pour arriver à une satisfaction commune. Une fois que nous avons atteint un consensus, les animateurs du storyboard commencent à esquisser ce à quoi la scène pourrait ressembler... et on se relance dans un autre processus d'ajustement jusqu'à ce que la chanson colle parfaitement aux dessins et vice-versa. C'est seulement alors que nous commençons les arrangements vocaux, les orchestrations, et l'enregistrement final avec les doubleurs.

Suivez-vous toujours les indications des animateurs ou essayez-vous d'exprimer dans certains cas votre créativité ?

Les comédies musicales sont à cheval entre le sublime et le ridicule: fais-le bien et c'est l'art le plus excitant au monde; fais un faux pas, même minuscule, et la comédie musicale semble être une idiotie. C'est pour cette raison que tous les artistes d'un même projet - paroliers, compositeurs, storyboardeurs, animateurs,... - doivent être sur la même ligne. C'est le travail des réalisateurs de s'assurer que tous ces gens talentueux et brillants travaillent dans la même direction. C'est donc absolument essentiel de faire confiance à leurs opinions et leur emboîter le pas. Souvent, ils me demandent de simplifier ce que j'estime être une grande chanson ou de couper une partie que je pense être la meilleure... mais je leur fais confiance car ils connaissent mieux que quiconque quelle direction l'histoire doit prendre et à quoi ressemblera le film, et, inévitablement, leurs suggestions se révèlent être les bonnes.

Quand on évoque la musique d'Alan Menken, on pense à Howard Ashman. Est-ce qu'Alan Menken vous parle de lui quand vous travaillez tous les deux ?

Howard est toujours très présent dans l'esprit d'Alan, et l'une des raisons qui fait que nous nous attendons bien professionnellement est que mon style est sensible proche de celui de Howard à en croire les dires d'Alan. J'ai découvert La Petite Sirène quand j'étais encore au lycée et ce fut une révélation. Je me suis dit "C'est comme ça qu'une ballade doit être écrite!" C'est en écrivant comme lui que tu obtiendras le meilleur!". Et je me demande d'ailleurs souvent, surtout quand je travaille pour Disney, "Qu'est-ce que Howard ferait de ce moment? Comment arriverait-il à mettre en équilibre l'émotion et la finesse?". Il y a un accord tacite entre Alan et moi: nous nous mesurons toujours au niveau que Howard et lui ont atteint.

Quelle est la différence entre écrire pour un dessin animé et pour une comédie musicale ?

Dans une comédie musicale, le compositeur et le parolier sont obligatoirement les membres les plus importants de la collaboration car il y a un grand pourcentage du spectacle qui passent par les chansons. C'est nous qui gérons les étapes alors que pour un dessin animé nous sommes simplement deux personnes parmi tant d'artistes dont le travail crée un ensemble homogène, et nous sommes subalternes vis-à-vis des réalisateurs. En ce qui concerne le travail d'écriture, c'est approximativement le même travail dans les deux cas. Le public est le même - intelligent, avide de savoir et assez mûr pour l'expérience d'une palette d'émotions. Par conséquence, on écrit de la même façon.

Votre actualité en ce moment c'est le film d'animation Raiponce. Qui a décidé que vous écririez les chansons ?

Alan a été mis par John Lasseter et les réalisateurs sur le film. Après une succession d'entrevues entre eux, Alan a compris qu'ils désiraient la même émotion qu'un classique Disney mais avec une approche plus contemporaine, plus dans l'air du temps, et il m'a demandé de le rejoindre sur ce projet - probablement parce que j'étais relativement plus jeune!

Si le film s'avère un succès, aimeriez-vous travailler régulièrement avec Alan Menken pour Disney, comme il l'a fait avec Howard Ashman ?

J'adore travailler pour Disney, j'adore travailler avec Alan... alors forcément oui, je ferais tout ce qu'ils me demandent de faire!

Que pensez-vous de Mandy Moore dans le rôle de Raiponce ?

Oh, elle est absolument magnifique! Nous sommes tellement chanceux d'avoir une doubleuse comme elle pour le rôle car elle est à la fois une brillante actrice intuitive et une chanteuse fantastique. Elle incarne parfaitement Raiponce - l'innocence, la chaleur humaine, la combativité - et qu'elle double ou qu'elle chante, elle fait les deux avec beaucoup d'aisance et de talent.

Quelle est votre chanson préférée du film ?

Je les aime toutes. Mais j'ai un faible pour la chanson principale de Mère Gothel, "Mother knows best" (N'écoute que moi). C'est un personnage complexe à deux visages et trouver un moyen de montrer son côté effrayant et faire en sorte que Raiponce ne s'en aperçoive pas a été un énorme défi. Nous avons décidé de lui donner un côté scélérat de façon subtile - une sorte de méchante qui cache ses émotions et qui laisse paraître une âme maternelle joyeuse. Je pense que la combinaison de la sublime partition d'Alan et les paroles un peu crues de la chanson permet de cerner le personnage. Je suis également très fier de "I see the light" (Je veux y croire). La séquence exige quelque chose de très simple, très directe - et nous n'avons simplifié la chanson sans cesse pour ne garder que l'essence même. C'était une stratégie risquée; nous avions peur que cela ne devienne trop simplet. Mais c'est justement le contraste entre la simplicité de l'émotion et la magnificence de ce qui se passe autour de Raiponce et de Flynn qui fait que la chanson est parfaite.

Avez-vous déjà eu l'occasion de voir le film et, si oui, qu'en avez-vous pensé ?

J'adore ce film. Je pense que c'est la meilleure chose que Disney ait fait depuis l'âge d'or des années 90, et j'en suis convaincu même si je ne suis pas le mieux placé pour l'affirmer. L'histoire fonctionne à tous les niveaux: c'est drôle, romantique, excitant, émotionnel, et l'animation est à couper le souffle. Il a tout d'un grand classique.

Quel est votre prochain projet après Raiponce ?

Alan et moi, nous avons écrit une comédie musicale inspirée du film "Sister Act" qui a été jouée à Londres pendant 18 mois et s'apprête à venir à Hambourg et New York. Je travaille actuellement sur une autre comédie musicale sur la vie de Harry Houdini, avec le compositeur Danny Elfman et le scénariste Aaron Sorkin. En parallèle, j'écris le livret d'une comédie musicale jazz appelée "Beatsville", qui se déroule durant la Beat Generation, avec ma femme Wendy Leigh Wilf qui a composé la musique et les paroles.

Disney vous a-t-il fait sous-entendre que vous pourriez être rappelé pour un autre dessin animé dans le futur ?

Alan et moi avions été engagés par Disney pour travailler sur "The Snow Queen" avant qu'il ne fût annulé en début d'année. Heureusement, un autre projet devrait voir le jour. Ca a été une expérience incroyable de collaborer avec tant d'artistes qui ont tout donné, et je serais honoré et ravi d'avoir l'opportunité de réitérer encore l'expérience.

Pour conclure, quel est votre dessin animé Disney préféré ? Votre bande originale Disney préférée ?

C'est dur de répondre! Mais si je devais choisir un film, ce serait Dumbo pour sa douceur, son message et sa poésie. Et pour ce qui est de la bande musicale, le choix est trop difficile mais ça se jouerait entre La Petite Sirène, La Belle et la Bête et Aladdin je pense.